MERDE

MERDE

MERDE c’est tout ce que j’ai à vous dire. Je n’ai de compte à rendre à personne. Qui êtes-vous pour me juger ?

Vous n’avez aucune idée de ce que je ressens, ce que je traverse. La seule chose que vous savez faire c’est me faire des reproches.

Vous savez vous ce que ça fait d’avoir 22 ans, d’avoir affronté 3 mois d’hôpital plus 6 mois de rééducation parce que vous étiez devenue une impotente, une larve puis vous faire jeter dehors car l’on ne peut rien pour vous ? Non.

Vous savez ce que cela fait d’être prise pour une folle parce que vous tremblez comme une feuille alors que c’est un putain de symptôme parkinsonien qui apparaît ? Non

Vous savez ce que ça fait d’entendre un chirurgien vous dire « si je t’opère tu ne retrouveras jamais toute ta mobilité et si ça rate je ne ferai pas l’autre » ? NON

Vous savez ce que ça fait de tous les jours vous demander si vos médicaments vont être efficaces et ne pas provoquer trop d’effets secondaires ? NON

Vous savez ce que ça fait d’avoir un syndrome parkinsonien dont on a aucune idée de l’évolution ? NON

Vous savez ce que cela d’avoir eu une encéphalite dont vous n’avez aucune idée de sa provenance ? NON

J’en aurai plein d’autres des questions de ce genre.

Donc au lieu de me dire « tu te sers trop de ta maladie comme une excuse » ou « ce n’c’est pas en te lamentant que tu vas avancer » ou « y a pire que toi tu sais » je peux également te répondre mais il y a mieux dans la vie tu sais. Vous savez ce que toutes ces remarques me font ? Du mal. Je culpabilise et puis merde j’ai le droit de souffrir aussi. J’ai le droit d’aller mal, j’ai le droit d’être triste, de me plaindre.

J’aimerai bien partir comme ça sur un coup de tête mais non je ne peux pas, j’ai mon traitement, mes soins infirmiers…

J’aimerai bien tout plaquer et partir à l’aventure mais pour faire quoi ?

J’aimerai bien être naïve et insouciante mais maintenant je connais le cout de la vie et le prix à payer pour rester encore en vie.

Laissez-moi profiter de la vie et oublier la maladie.

Alors je vous dis merde. Je ne vois plus l’intérêt d’apprendre des tonnes et des tonnes de pages alors qu’on peut passer du temps à rire et s’amuser, apprendre à se connaître autrement qu’en étudiant et en travaillant alors je dis merde à tout cela et laissez-moi faire mes propres choix, mes erreurs, mes envies. Laissez-moi faire de la merde.

Je veux partir loin alors qui m’aime me suive et les autres je vous emmerde.

Amicalement,

Maud

 

Publicités

C’est Bagdad dans ma tête

« La dopamine est un neurotransmetteur secrété dans le système nerveux central, plus précisément dans la zone tegmentale ventrale du mésencéphale. Elle est chargée de transmettre l’information chimique entre les neurones. Elle est la petite molécule qui se cache derrière nos ressentiments, nos sensations, nos désirs, et nos comportements. Vous ressentez du plaisir en mangeant, en écoutant de la musique, en faisant du shopping ? C’est la dopamine qui vous procure ce plaisir. Vous avez un désir sexuel ? Vous vous sentez très motivé, vous êtes de bonne humeur ou encore vous êtes addict à quelque chose ? C’est encore la dopamine qui en est le responsable. La dopamine est ainsi un élément très important pour l’équilibre de l’organisme. »

Mon manque de dopamine  s’est petit à petit fait de plus en plus fort et les médicaments n’ont rien changé bien au contraire. Baisse de moral et manque de motivation sont aujourd’hui mon quotidien. Mon humeur est devenue changeante. Moi-même je me perd, un coup surexcité puis quelques instants après, en proie en de gros doutes et à la tristesse. L’encéphalite,  les médicaments et les troubles du sommeil ont eu raison de moi, mon cerveau est fatigué, je peine à me concentrer. Les raisons varient: un fort taux d’énergie puis en quelques minutes, l’état de fatigue revient. Je ne me sens plus capable de poursuivre mes études, j’ai perdu toute confiance en moi, je n’arrive plus à travailler, je n’en vois plus l’intérêt. Mes amis essayent tant bien que mal à me remotiver mais je suis bornée, têtue. Ils ont essayé la méthode forte, la méthode dure mais rien ne va. Cette démarche doit venir de moi-même et la motivation joue à cache cache. Je ne sais plus où se cache la véritable Maud.

Ecrire?

Ecrire.

Syndrome de la page blanche.

Je ne sais plus, je suis perdue.

Je crois que j’ai changé, je ne suis plus la même.

Je n’ai plus l’impression de vivre mais de combattre la vie.

Mon avenir s’est obscurcit.

Je suis fatiguée.

Je crois bien que j’ai changé.

J’ai grandi, je suis aigri,

Perdue, déboussolée,

Qui suis-je? Où suis-je ?

Avenir? Je ne connais plus ce mot.

Pourquoi écrire? Pourquoi reprendre l’écriture?

Tout simplement pour avancer, arrêter de m’enfoncer.

Je dois me reprendre en main et tout recommencer.

Je dois reprendre le combat et reprendre espoir.

Arrêter de me lamenter, de me cacher, de pleurer et exister.

Je veux redevenir moi, Maud, la  fille forte et courageuse.

 

Le courage

Selon le Larousse, le courage est une force de caractère qui permet d’affronter le danger, la souffrance, les circonstances difficiles.

Pour ma part, je ne me considère pas comme courageuse. Je n’ai pas choisi d’être malade, je n’ai pas demandé à affronter cette horrible maladie. Je n’ai pas eu le choix. Dans la même situation que moi, vous n’auriez pas eu le choix de vous battre, vous auriez agit comme moi. J’avais le choix entre me laisser aller, attendre que tout redevienne comme avant comme par magie ou prendre le taureau par les cornes et avancer. Ce n’est pas du courage, c’est de l’obstination. Toujours demander plus, faire plus. Il faut se bouger pour ne pas dépérir et finir comme une plante verte car plus les choses traînent, plus c’est difficile d’obtenir des résultats.

Je pars également du principe qu’on est mieux servi que par soi même donc il était hors de question que je ne progresse pas vite. Je voulais aussi garder ma dignité car il n’y a rien de plus dégradant que de se faire laver par des inconnus. Je n’ai donc pas eu le choix d’avancer.

Beaucoup se laissent aller, s’oublient, se soumettent à la volonté des soignants. Pas moi, j’étais comme une dictatrice, il fallait que tout soit fait à ma façon et dans un délai limité. Cela m’a joué des tours mais peu importe, j’ai progressé et j’ai pu prouver que je pouvais m’occuper de moi-même. Grâce à mon obstination j’ai pu prouver que je pouvais rentrer chez moi.

Quand on me dit que je suis courageuse, j’ai l’impression d’être une usurpatrice. Je connais des personnes qui en encaissent beaucoup plus que moi, sans se plaindre et en gardant le sourire. Quelqu’un de courageux ne se dit pas « j’aurais mieux fait de mourir tout aurait été plus facile, la vie est trop dur je n’y arriverais jamais, je suis fatiguée de vivre ».

Non, quelqu’un de courageux n’a pas peur des obstacles, des difficultés, des douleurs ou de l’avenir. Quelqu’un de courageux garde espoir peu importe les aléas.